HISTOIRE COMBIÈRE

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L'histoire de la vallée de Joux peut sembler assez simple. En regard des villes de la plaine ou de nos voisins français, celle-ci s'écoule sans heurts majeurs, guerres fratricides ou invasions sanguinaires, mais ponctuée de catastrophes (cyclones, incendies à qui mieux mieux) et de procès interminables. Ce petit résumé aidera, nous l'espérons, les personnes non combières à connaître l'histoire de La Vallée et les Combiers à se rafraîchir la mémoire…

Le moyen âge

Ve siècle Il faut s'imaginer la vallée de Joux au moyen âge comme un désert : le «desertum jurense» couvert de forêts impénétrables et de fondrières, infesté de bêtes sauvages. On comprend mieux pourquoi personne, hormis un ermite, n'avait vraiment envie de s'installer dans un lieu aussi inhospitalier que le centre de la Sibérie actuelle !
A l'apparition du christianisme, l'ascétisme a la cote : au Ve siècle, saint Romain fonde l'abbaye de St-Claude au bord de la Bienne. Le territoire de la future principauté monastique va s'étendre du côté de l'Alémanie vers Romainmôtier, englobant ainsi La Vallée. Quinze lieues séparent les deux monastères, ce qui impose des gîtes d'étapes. L'un deux s'édifie en plein milieu de La Vallée, à occident du lac Ter.
Le fondateur présumé, le moine Dom Poncet lui donne son nom : le lieu de Dom Poncet, qui devient simplement «Le Lieu».
610 Romainmôtier est détruit par les Allamans, puis reconstruit par des moines d'un autre ordre, celui de Saint Colomban. Le chemin des combes et le Lieu de Dom Poncet tombent en désuétude.
Xe siècle Divers seigneurs du Pays de Vaud tirent parti de l'inertie de St-Claude pour asseoir leur influence sur La Vallée, notamment les familles de Grandson et de La Sarraz.
1126 Ebal de la Sarraz fait appel à l'ordre récemment fondé des Prémontrés pour établir une abbaye dédiée à sainte Marie-Madeleine sur la rive droite du lac. Il s'en proclame avoué (protecteur). Cet événement réveille St-Claude et une dispute à coup de documents plus ou moins authentiques voire falsifiés va durer plus d'un siècle. La friction commence entre les moines du couvent du Lieu et les nouveaux arrivants.
Selon certains, ces moines auraient été «réactivés» par St-Claude ce qui est pure hypothèse, puisque personne ne sait en fait d'où viennent réellement ces moines.
1156 Premier arbitrage entre le couvent du Lieu et l'abbaye du lac par l'évêque de Lausanne : c'est une mise au pas en ordre du couvent du Lieu.
1219 Deuxième arbitrage : l'abbaye du lac s'engage à livrer 160 truites de cense annuelle à St-Claude.
1304 Perrinet Bron est le premier habitant «civil» de La Vallée. Au Lieu, une petite église est dédiée à saint Théodule. Pendant deux siècles il n'y aura pas d'autre village que le Lieu d'une part, et les moines de l'abbaye du lac d'autre part.
1344 François de la Sarraz vend La Vallée à Louis de Savoie. Celle-ci dépend désormais de la châtellenie des Clées. Les La Sarraz demeurent cependant les avoués de l'abbaye du lac de Joux.
1396 Une prononciation arbitrale stipule que les bourgeois du Lieu seront exemptés de la garde du château des Clées moyennant un cens annuel de 40 sols : c'est la première mention d'une communauté civile organisée au Lieu. En 1996 la commune du Lieu a donc pu fêter le 600e anniversaire de son apparition documentaire. Le territoire du Lieu s'étend alors sur toute La Vallée, à l'exception du domaine abbatial. Cette situation va durer jusqu'en 1571.
1480 L'abbé Jean Pollens aberge le cours moyen de la Lionne à Vinet Rochat et ses fils, des industriels venus de Rochejean en Franche-Comté. Ceux-ci y établissent un martinet et une meule.
1488 Sur la route de Petrafelix, les habitants du Lieu attaquent et rossent copieusement l'abbé Jean de Tornafoll jugé trop exigeant et tatillon sur les taxes. Il est ligoté et amené au Lieu où il est contraint d'accorder l'affranchissement de la taillabilité. Les autorités ne l'entendent pas de cette oreille et les prévenus doivent faire amende honorable à demi nus tenant un cierge devant l'autel de l'abbatiale.
1492 Humbert Berthet et ses fils deviennent concessionnaires sur la Lionne, à condition d'y établir une scierie, à proximité de la forge des Rochat. C'est l'origine des Berney de L'Abbaye.
1514 Les descendants de Vinet Rochat se rendent acquéreurs d'un vaste mas de prés aux Charbonnières. A côté de l'agriculture ils s'y livrent à l'industrie : un martinet, une meule et une scierie fonctionnent sur la Sagne.
1524 Ces mêmes Rochat obtiennent la concession de l'entonnoir principal du lac Brenet : ils y édifient des moulins, battoirs et scieries. Les usines de Bonport vont durer jusqu'à l'aube du XXe siècle.

La période bernoise

1536 Les Bernois envahissent le pays de Vaud : La Vallée fait partie du bailliage d'Yverdon. Le dernier abbé Claude Pollens se convertit à la Réforme et se marie. Il continue d'administrer les biens de l'abbaye sous la tutelle de LL.EE. pendant encore six ans avant de s'établir à Cuarnens. Les Combiers acceptent la nouvelle religion sans trop rechigner, les réfractaires gagnent la Comté voisine.
1566 La Vallée est rattachée au bailliage de Romainmôtier.
1571 La rive droite des lacs, autrefois nommée «Combe de L'Abbaye» obtient sa séparation d'avec Le Lieu et constitue une communauté distincte : c'est l'apparition documentaire de la commune de L'Abbaye.
1576 Jérôme Varro de Genève, bientôt allié aux Chabrey, établis sur les anciennes terres du domaine abbatial direct au Brassus obtiennent l'érection de leur domaine en un fief noble : la Seigneurie du Brassus. Ce royaume lilliputien va prendre une certaine importance grâce aux usines qui y sont établies. On y voit aussi la construction d'une gentilhommière à tourelle qui deviendra l'hôtel de La Lande. Ce fief va durer 108 ans : jusqu'en 1684
1598 Le couvent du lac est convertit en appartements et ruraux : les anciens locaux sont éventrés, les voûtes abattues, etc. Ce qui restait de l'abbatiale est détruit dans un incendie. Un temple de dimensions restreintes est édifié sur ses ruines.
1612 Édification de la première église du Chenit, par Pierre Lecoultre venu de Lizy-sur-Ourcq (Seine-et-Marne) via Genève et ses compagnons : l'inauguration a lieu le jour de Noël 1612.
1640 Louis Varro de Genève, fils de Jérôme, établit des usines au Brassus.
1646 Le Chenit se sépare du Lieu : La Vallée compte désormais les 3 communes actuelles.
1691 Fondation de la Société des fusiliers du Chenit. Berne encourage ses loyaux sujets à s'exercer aux métiers des armes. D'autres sociétés sont ainsi fondées : l'abbaye de St Jacques au Chenit (1721), l'abbaye des Rochat aux Charbonnières, celle des fusiliers des Bioux (1750), etc.
1691 Incendie du Temple du Lieu : nombre de documents disparaissent dans la catastrophe. Par dépit, c'est là une des dates les mieux connues de ceux qui aiment l'histoire combière.
1712 Joseph Guignard est le premier lapidaire de La Vallée. On comptera 150 pierristes dans la commune du Chenit en 1749 selon le pasteur Agassiz.
La même année les compagnies des trois communes participent aux guerres de Villmergen.
1740 Samuel-Olivier Meylan introduit l'horlogerie à La Vallée.
1762 Les excès du bocherage éveillent l'attention de la Chambre des bois qui attente un procès à la commune du Chenit soutenue par celle du Lieu. Le procès du Risoud ou Grand Procès passe par toute la filière judiciaire. LL.EE. à la fois juges et parties obtiennent naturellement gain de cause et s'attribuent l'ensemble de la forêt en vertu du droit régalien. Cette décision aurait pu avoir des conséquences désastreuses si l'art lapidaire et l'horlogerie n'avaient pris un essor réjouissant à la même époque. En revanche nous lui devons d'une certaine manière l'existence actuelle de la magnifique forêt du Risoud.

La période révolutionnaire

1790 Les idées révolutionnaires pénètrent à La Vallée. Les publications incendiaires, les chansons satiriques passent aisément la frontière. Les négociants en pierres fines qui reviennent de France influencent une partie de la population, surtout au Chenit. Philippe Berney, placier, est arrêté et détenu à Aarburg. David Golay du Chenit, est banni pour «propos déplacés».
1795 Jacques-David Rochat prend la direction des mécontents : il propose d'établir une école des métiers. Le comité directeur du Chenit prend le nom de Société des amis de la liberté du Chenit. Des arbres de la liberté sont plantés dans La Vallée.
1798 Le général français Ménard occupe le pays de Gex et la Savoie, il envahit la Suisse cinq jours plus tard.
18 août : fête de la Fédération au Sentier.
Les deux autres communes du Lieu et de L'Abbaye demeurent plutôt hostiles aux idées nouvelles : au Lieu l'arbre de la Liberté est même abattu. Lausanne fait occuper militairement la commune.
Proclamation de la République helvétique : le Pays de Vaud devient le canton du Léman. La France exige un contingent de 18'000 hommes : des Combiers vont mourir sur les champs de bataille d'Allemagne, d'Autriche et de Russie.
1803 Napoléon impose à la Suisse l'acte de médiation : c'est l'indépendance vaudoise. Le 14 avril Philippe Berney édifie une stèle à L'Orient frappée des initiales NM (Napoléon médiateur). Samuel Rochat compose l'hymne vaudois.

Le XIXe siècle

1815 Première constitution fédérale : la droite conservatrice revient à la charge. Les querelles religieuses font rage.
1817 Disette générale en Europe. Elle se fait vivement sentir à La Vallée où le nombres de mendiants et de miséreux double en deux ans. C'est à cette époque le la commune du Chenit établit son hôpital communal.
1830 Développement spectaculaire du village du Brassus. Des scieries importantes y sont établies.
1833 Antoine Le Coultre fonde la manufacture Le Coultre & Cie au Sentier.
1837 Inauguration d'un nouveau temple au Brassus.
1840 Au Brassus, le 1er septembre, le premier numéro typographié de la Feuille d'avis de La Vallée réalisée par François Dupuis, de Gressy, à la demande du Cercle des Amis du Brassus. Elle avait été précédée dès 1838 par des numéros autographes réalisés par M. Dumas, régent au Brassus.
1847 Guerre civile du Sonderbund. L'élite militaire de La Vallée va combattre la coalition catholique sous les ordres du général Guillaume Henri Dufour.
1848 Seconde constitution fédérale. Les douanes intérieures sont abolies. La monnaie, les poids et mesures sont unifiés, le service postal est centralisé.
1856 Le village du Lieu est à nouveau anéanti par un incendie. Auguste Reymond prend des photographies du désastre qui deviendront célèbres.
1871 Guerre franco-allemande : entrée en Suisse de l'armée de l'Est le 1er février. Des soldats français se réfugient à La Vallée en franchissant le Risoud par un hiver terrible : c'est l'épisode des Bourbaki, en référence au nom de leur général.
1874 Troisième constitution fédérale, pour l'essentiel toujours valable aujourd'hui.
1886 Inauguration de la ligne de chemin de fer Vallorbe-Le Pont, commanditée par la Société des glacières du Pont. Elle permet ainsi d'exporter la glace vers les grands centres urbains.
1899 Inauguration de la ligne de chemin de fer Le Pont-Brassus.
1890 Le 19 août un cyclone ravage La Vallée de bout en bout, mais principalement au Chenit où le hâmeau du Crêt-des-Lecoultre est rayé de la carte. Cette catastrophe laissera un souvenir profond dans les mémoires pendant des dizaines d'années. Le chemin de fer récemment construit assurera les années suivantes l'exploitation de l'énorme quantité de bois couchés.
1896 Le 15 décembre, le premier téléphone est installé à La Vallée. Le central se trouve au Sentier.
1900 Le 17 novembre, le village du Sentier est autorisé par le Grand Conseil à se constituer officiellement en fraction de commune.

Le XXe siècle

1901 Création de la Compagnie vaudoise des lacs de Joux et de l'Orbe, suivie aussitôt de la construction de l'usine électrique de La Dernier (1901-1902).
Le 1er juin, inauguration de l'École d'horlogerie du Sentier à l'instigation de la Société industrielle et commerciale.
1903 L'électricité arrive à la vallée de Joux.
1904 L'Orient (autrefois Orient-de-l'Orbe) se constitue en fraction de commune.
1931 Inauguration de l'Infirmerie du Chenit, futur hôpital de La Vallée.
1934 La route Vallorbe-Le Pont par le Mont-d'Orzeires est ouverte. Le 30 septembre, l'Hôtel de La Lande, au Brassus est détruit par un incendie.
1958 Inauguration du nouvel hôtel de ville du Sentier.
1982 Inauguration du nouvel hôpital de La Vallée.


 

© 1997 Jean-Luc Aubert, janvier 2013